Homélie de la messe de la Présentation de Jésus au Temple
Le grand personnage de cette scène de la Présentation de Jésus au Temple, quarante jours après sa naissance, est l’Esprit Saint.
Je relis quelques phrases de l’évangile de ce jour : « Il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. L’Esprit Saint était sur lui. L’Esprit lui avait révélé qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Messie du Seigneur. Poussé par l’Esprit, Syméon vint au Temple ». Et l’on comprend que tout ce que Syméon dit de l’enfant lui vient de l’Esprit.
Et voilà que, poussé par l’Esprit, Syméon décrit ainsi à Marie la mission de Jésus : « Vois, ton fils, qui est là, provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera signe de division. Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre ». Syméon voit déjà ce moment de la croix de Jésus, ce moment où Marie sera éprouvée dans sa chair de mère, ce moment où du haut de la croix seront vaincus, en Jésus, la haine par le pardon, le désespoir par la confiance, la mort par la résurrection à venir. Les pensées secrètes de Dieu sont révélées : il est un Dieu pour l’homme, un Dieu proche des souffrants, un Dieu pardonnant, prenant le visage du rejeté pour qu’aucun des rejetés d’ici-bas ne se sente exclu de l’amour de Dieu pour lui, un Dieu vainqueur de la mort.
Du haut de la croix, les pensées secrètes d’un grand nombre sont révélées : les pensées de ceux qui ont eu peur de Jésus, peur de l’écho favorable qu’il trouvait auprès des petits, peur qu’il prenne leur place, peur de l’annonce d’un Dieu de miséricorde et de tendresse, peur de la remise en cause des comportements moraux et sociaux, peur de quelqu’un qui disait qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime !
Jésus lumière du monde, Jésus sauveur, Jésus dont la vie, les paroles, les actes dévoilent les pensées secrètes d’un grand nombre.
Et voilà que Jésus nous renvoie à nos pensées secrètes, à notre conscience, à ce que nous faisons de nos vies et dans nos vies. C’est là que l’Esprit poursuit son œuvre de salut pour que nos pensées soient des pensées de paix, de fraternité, de service des plus pauvres, de confiance et d’écoute de Dieu.
En quelque sorte, nous aussi, ce matin, nous venons présenter nos vies au Seigneur, dans son Temple, son Eglise, nos vies personnelles et celle de notre communauté chrétienne vivant ici dans ce diocèse de Marseille. Et le Seigneur emprunte toujours le même chemin pour nous éclairer, celui de la présence et de l’œuvre de son Esprit Saint en nous.
Oh ! mes amis, je pense que ce qui nous manque le plus, c’est de nous arrêter, de nous mettre à l’écoute de l’Esprit, d’examiner les pensées secrètes de nos cœurs, de lui laisser les purifier, les réorienter, les guérir.
Oui, qu’est-ce qui secrètement nous pousse dans la vie, nous guide, explique nos choix, à quel qu’âge de la vie que nous soyons : jeunes ou plus âgés, situés diversement dans la vie et la société ? On ne peut pas faire ce qu’on veut de sa vie. Quand on est croyant, on sait que Dieu nous a confiés les uns aux autres. On sait qu’il nous appelle à devenir des fils et des frères.
Ce matin, demandons-nous où nous en sommes de notre relation à ce Dieu d’amour de qui vient toute vie. Demandons-nous si nous vivons vraiment pour les autres. Demandons-nous où nous en sommes de nos pensées secrètes, elles qui, mal orientées, peuvent diviser, opposer, tuer. L’état du monde nous montre assez ce combat entre ceux qui ne pensent qu’à leurs intérêts et ceux qui pensent en premier aux autres. A vrai dire, ce combat est en chacun de nous. A des moments, nous construisons la civilisation de l’amour, à d’autres, celle de la mort.
Oh ! mes amis, c’est d’abord en chacun de nous que la lumière de
l’Esprit doit faire son œuvre et nous aider à discerner ce qui humanise et ce qui déshumanise.
En notre monde, il y a beaucoup de Marie dont le cœur est transpercé par l’épée : celle de voir le sort de leurs enfants, mal logés, mal nourris, mal soignés, mal instruits, mal traités, mal accueillis, mal dans leur peau. Il y a beaucoup de Marie comme impuissantes au pied de la croix de leur fils, si ce n’est qu’au-delà de la souffrance et de la mort, elles gardent leur confiance en Dieu et s’appuient, comme Marie, sur la présence de quelques proches, solidaires et fraternels.
Alors, Eglise de Marseille, fais-toi proche de ceux et celles qui n’en peuvent plus d’espérer, laisse l’Esprit de Dieu purifier tes pensées secrètes, sois une actrice de fraternité et de justice dans cette société marseillaise si brassée et fragile, brise les verrous de la haine ou de la peur, sois généreuse, vis pour les autres et, alors, ta lumière brillera, la lumière de Celui qui est venu pour que les hommes aient la vie et l’aient en abondance.
Amen.
+ Georges Pontier
Archevêque de Marseille