Mercredi 2 décembre 2009
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Publié dans : Rome et le Pape
Pour mieux comprendre et vivre ce temps de l'Avent, voici l'homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors des Premières Vêpres du premier dimanche de l'Avent.
ce très beau texte mérite une véritable méditation tout au long de ce temps de grâce.
"Chers frères et sœurs,
Par cette célébration des Vêpres, nous entrons dans le temps liturgique de
l'Avent. Dans la lecture biblique que nous venons d'écouter, tirée de la première Lettre aux Thessaloniciens, l'apôtre Paul nous invite à préparer l'"Avènement de notre Seigneur Jésus
Christ" (5, 23), en demeurant sans reproche, avec la grâce de Dieu. Paul utilise précisément le terme "Avènement", en latin adventus,
dont dérive le terme Avent.
Réfléchissons brièvement sur la signification de ce terme, qui peut se traduire par "présence", "arrivée", "venue". Dans le langage du monde antique, il s'agissait d'un
terme technique utilisé pour indiquer l'arrivée d'un fonctionnaire, la visite du roi ou de l'empereur dans une province. Mais il pouvait également indiquer la venue de la divinité, qui sort de
son lieu caché pour se manifester avec puissance, ou dont la présence est célébrée dans le culte. Les chrétiens adoptèrent le terme "avent" pour exprimer leur relation avec Jésus Christ
: Jésus est le Roi, entré dans cette pauvre "province" appelée terre pour rendre visite à tous ; à la fête de sa venue, il fait participer tous ceux qui croient en Lui, tous ceux qui
croient en sa présence dans l'assemblée liturgique. A travers le terme adventus, on voulait dire en substance : Dieu est ici, il ne s'est pas retiré du monde, il ne nous a pas laissés
seuls. Même si nous ne pouvons pas le voir ni le toucher comme c'est le cas avec les réalités sensibles, Il est ici et il vient nous rendre visite de multiples manières.
La signification de l'expression "avent" comprend donc également celle de visitatio, qui veut dire simplement et précisément " visite" ; dans ce cas, il s'agit d'une visite de
Dieu : Il entre dans ma vie et veut s'adresser à moi. Nous faisons tous l'expérience, dans notre existence quotidienne, d'avoir peu de temps pour le Seigneur et peu de temps également
pour nous. On finit par être absorbé par ce qu'il faut "faire". N'est-il pas peut-être vrai que souvent, c'est précisément l'activité qui nous possède, la société et ses multiples
intérêts qui monopolisent notre attention ? N'est-il pas peut-être vrai que l'on consacre beaucoup de temps au divertissement et aux distractions en tout genre ? Parfois, les choses
nous "submergent". L'Avent, ce temps liturgique fort que nous commençons, nous invite à nous arrêter en silence pour comprendre une présence. C'est une invitation à comprendre que chaque
événement de la journée est un signe que Dieu nous adresse, un signe de l'attention qu'il a pour chacun de nous. Combien de fois Dieu nous fait percevoir un signe de son amour !
Tenir, pour ainsi dire, un "journal intérieur" de cet amour serait un devoir beau et salutaire pour notre vie ! L'Avent nous invite et nous encourage à contempler le Seigneur présent. La
certitude de sa présence ne devrait-elle pas nous aider à voir le monde avec des yeux différents ? Ne devrait-elle pas nous aider à considérer toute notre existence comme une "visite",
comme une façon dont Il peut venir à nous et devenir proche de nous, dans chaque situation ?
Un autre élément fondamental de l'Avent est l'attente, une attente qui est en même temps espérance. L'Avent nous pousse à comprendre le sens du temps et de l'histoire comme "kairós",
comme occasion favorable pour notre salut. Jésus a illustré cette réalité mystérieuse dans de nombreuses paraboles : dans le récit des serviteurs invités à attendre le retour du maître ; dans la
parabole des vierges qui attendent l'époux ; ou dans celle de la semence et de la moisson. L'homme, au cours de sa vie, est en attente permanente : quand il est enfant, il veut grandir, adulte,
il tend à la réalisation et au succès, en avançant en âge, il aspire à un repos mérité. Mais arrive le temps où il découvre qu'il a trop peu espéré, au-delà de sa profession ou de sa
position sociale, il ne lui reste rien d'autre à espérer. L'espérance marque le chemin de l'humanité, mais pour les chrétiens elle est animée par une certitude : le Seigneur est présent tout au
long de notre vie, il nous accompagne et un jour il sèchera aussi nos larmes. Un jour, non lointain, tout trouvera son accomplissement dans le Royaume de Dieu, Royaume de justice et
de paix.
Mais il y a des manières très différentes d'attendre. Si le temps
n'est pas rempli par un présent doté de sens, l'attente risque de devenir insupportable ; si on attend quelque chose, mais que pour le moment il n'y a rien, c'est-à-dire si le présent reste vide,
chaque instant qui passe apparaît exagérément long, et l'attente se transforme en un poids trop lourd, parce que l'avenir reste tout à fait incertain. Lorsque par contre le temps prend du sens,
et en tout instant nous percevons quelque chose de spécifique et de valable, alors la joie de l'attente rend le présent plus précieux. Chers frères et sœurs, vivons intensément le
présent où nous arrivent déjà les dons du Seigneur, vivons-le projetés vers l'avenir, un avenir chargé d'espérance. L'Avent chrétien devient de cette manière une occasion pour réveiller en nous
le sens véritable de l'attente, en revenant au cœur de notre foi qui est le mystère du Christ, le Messie attendu pendant de longs siècles et né dans la pauvreté de Bethléem. En venant parmi nous,
il nous a apporté et continue de nous offrir le don de son amour et de son salut. Présent parmi nous, il nous parle de différentes manières : dans la Sainte Ecriture, dans l'année liturgique, à
travers les saints, dans les événements de la vie quotidienne, dans toute la création, qui change d'aspect selon que derrière elle Il est présent ou qu'elle est voilée par un brouillard d'une
origine incertaine et d'un avenir incertain. A notre tour, nous pouvons lui adresser la parole, lui présenter les souffrances qui nous affligent, l'impatience, les questions qui jaillissent de
notre cœur. Soyons certains qu'il nous écoute toujours ! Et si Jésus est présent, il n'existe plus aucun temps dépourvu et vide de sens. S'Il est présent, nous pouvons continuer à espérer même
lorsque les autres ne peuvent plus nous assurer aucun soutien, même lorsque le présent devient fatigant.
Chers amis, l'Avent est le temps de la présence et de l'attente de l'éternité. C'est précisément pour cette raison, de manière particulière, le temps de la joie, d'une
joie intériorisée, qu'aucune souffrance ne peut effacer. La joie du fait que Dieu s'est fait enfant. Cette joie, présente en nous de manière invisible, nous encourage à aller de l'avant avec
confiance. La Vierge Marie, par qui nous a été donné l'Enfant Jésus, est le modèle et le soutien de cette joie profonde. Puisse-t-elle nous obtenir, fidèle disciple de son Fils, la grâce de vivre
ce temps liturgique vigilants et actifs dans l'attente. Amen !